Livre : La liberté d'offenser
La Liberté d'offenser - Ruwen OgienIl serait naïf de penser qu'il suffirait de censurer complètement les représentations sexuelles explicites pour que ce monde devienne une vallée de roses. Ainsi, la carte des pays où la pornographie est interdite coïncide avec celle des Etats où l'intégrité physique et le respect des droits des femmes et des minorités sexuelles sont les moins garantis. Inversement, partout où la pornographie est tolérée, les femmes sont plus libres et les minorités sexuelles mieux protégées. Cela ne veut pas évidemment pas dire que c'est la diffusion des représentations sexuelles explicites qui cause ces libertés, ce qui serait absurde, mais seulement qu'elle ne les entrave aucunement alors que leur interdiction est plutôt mauvais signe.
Il y a quelques années, la mode était aux commentaires apocalyptiques sur l'état des "ados" exposés au "porno" : déshumanisation de la sexualité, incapacité de reconnaître l'"autre", difficultés à distinguer la réalité de la fiction, langage ordurier...
J'en oublie certainement, mais il faut dire que j'ai du mal à comprendre ce langage étrange où certains styles de vie sexuelle, qui ont pour seul inconvénient de ne pas être conformes à une certaine idéologie romantique et hétérosexuelle, sont présentés comme des troubles psychologiques personnels.[...]
Ces commentaires évitent la seule question qui vaut finalement la peine d'être posée, c'est-à-dire : "Où est le mal ?"
[...] On peut certes critiquer l'"esthétique porno", la trouver laide ou ridicule (comme tous ceux qui ne comprennent rien à la mode). Mais pourquoi la rendre responsable de tant de maux psychologiques ou moraux ?
Ruwen Ogien semble être un auteur intelligent et énervé. Enervé par le voile de pudeur que nous imposons encore aux représentations sexuelles explicites, intelligent par les conclusions qu'il rend dans son livre La liberté d'offenser, l'art, le sexe et la morale. Les sociétés occidentales sont prêtes à tolérer les représentations sexuelles dites artistiques, mais maudissent toujours ce qui, à la fois, nous attire et nous répulse. L'obscène, en un mot. L'auteur va donc chercher tout ce qui pourrait expliquer cette ambivalence, des traditions judéo-chrétiennes au poids de la justice et de la censure qui en ont hérité. Et revendique aussi le droit d'exposer tout, même ce que la morale réprouve. Allant jusqu'à détruire les arguments de tous les puritains et moralistes en croisade contre le sexe totalement libre. A conseiller, donc, à ceux qui voudraient bien mater un bon film porno sans qu'on leur dise en quoi ce genre de films, c'est mal.
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